Les pierres naturelles

Sous le terme de pierre naturelle se rangent des roches dont les comportements n'ont rien de commun. Un calcaire tendre et un granite partagent le mot, pas la résistance, pas la porosité, pas les outils. Choisir une pierre revient à croiser un usage, une exposition et une série de valeurs mesurées en laboratoire.

Trois familles, trois comportements

Roches sédimentaires

Calcaires et grès se sont formés par dépôt puis compaction. Ils gardent un litage visible, se taillent facilement et couvrent l'essentiel du bâti ancien français. Le calcaire réagit aux acides et se sulfate sous les fumées, ce qui forme les croûtes noires des façades urbaines. Le grès, à ciment siliceux ou argileux, résiste mieux à la pollution mais se délite quand son liant est argileux.

Roches magmatiques

Granite, diorite et basalte proviennent du refroidissement d'un magma. Très denses, très peu poreuses, elles atteignent couramment 130 à 200 MPa en compression. Elles ne se travaillent qu'à l'outil diamanté ou au marteau pneumatique, se polissent parfaitement et supportent le gel, le sel de déneigement et le passage intensif.

Roches métamorphiques

Marbre, ardoise, gneiss et quartzite résultent de la transformation d'une roche existante sous l'effet de la pression et de la chaleur. Le marbre, calcaire recristallisé, se polit magnifiquement mais reste sensible aux acides et aux rayures. L'ardoise se fend en feuillets réguliers grâce à sa schistosité, ce qui en fait un matériau de couverture depuis des siècles.

Les caractéristiques qui décident de l'emploi

La masse volumique apparente et la porosité ouverte se mesurent selon la NF EN 1936, l'absorption d'eau à pression atmosphérique selon la NF EN 13755. La résistance à la compression relève de la NF EN 1926, la flexion sous charge concentrée de la NF EN 12372, la résistance au gel et dégel de la NF EN 12371, l'usure par abrasion de la NF EN 14157. En France, la NF B10-601 encadre l'emploi des pierres naturelles en construction et regroupe ces critères par destination.

Quelques repères pratiques. Une porosité élevée annonce une sensibilité au gel et un encrassement rapide. Une résistance à l'usure faible interdit un sol de passage. Une pierre gélive ne doit jamais servir en dallage extérieur ni en couronnement exposé. La dureté, lue sur l'échelle de Mohs, conditionne le choix des outils autant que la tenue aux rayures.

Le sens du lit de carrière

Une roche sédimentaire garde la mémoire de ses strates. Le lit de carrière désigne le plan de sédimentation. Posée lit horizontal, la pierre travaille comme dans son gisement. Posée en délit, feuillets verticaux, elle se desquame en quelques hivers. L'exception est le claveau d'arc et la colonne, où le lit se place perpendiculairement à la poussée. C'est l'erreur de pose la plus fréquente sur les reprises mal conduites, et elle ne se rattrape que par dépose.

Les finitions de surface

Le brut de sciage sort de la débiteuse. L'adouci donne une surface mate et lisse, le poli révèle la couleur et rend la pierre glissante une fois mouillée. Le bouchardé, obtenu à la boucharde, crée un relief régulier antidérapant. La layure et la ciselure d'about sont des traces d'outil traditionnelles, encore employées en restauration. Le flammé, réservé aux granites, éclate la surface au chalumeau. Le sablé, le grésé, le vieilli au tambour et l'éclaté complètent la palette. Chaque finition modifie la rugosité, donc l'adhérence et la vitesse d'encrassement.

Les pierres françaises les plus employées

Côté calcaires, les bancs de Saint-Maximin et de Vergelé dans l'Oise, la pierre de Massangis et le Comblanchien en Bourgogne, l'Estaillades et les pierres du Gard dans le Sud, la pierre de Chauvigny en Poitou. Les grès des Vosges donnent le rose caractéristique du bâti alsacien. Les granites de Bretagne, Lanhélin et Louvigné, alimentent la voirie et les monuments. L'ardoise d'Angers a couvert une grande partie de l'Ouest. Chaque banc a ses variantes, ferme, demi-ferme ou tendre, et deux blocs d'une même carrière peuvent différer sensiblement.

Où les employer

En parement massif, la pierre reprend les charges et se pose au mortier de chaux. En revêtement attaché, dalles minces fixées par agrafes inox, elle habille sans porter, selon le NF DTU 55.2. En sol intérieur scellé, le NF DTU 52.1 s'applique. En extérieur, un dallage sur plots facilite l'évacuation de l'eau et le rattrapage des pentes. Les appuis, seuils, encadrements, corniches et couvertines demandent des pierres fermes et non gélives, avec des rejingots et des gouttes d'eau correctement taillés.

Les altérations à anticiper

Sulfatation et croûtes noires sur calcaire en site urbain, alvéolisation en atmosphère marine, desquamation liée aux cycles de gel, oxydation des inclusions ferreuses qui laisse des coulures rousses, efflorescences salines nourries par un mortier au ciment ou une remontée capillaire. La plupart de ces désordres se préviennent au moment du choix de la pierre et du dessin des rejets d'eau, bien plus efficacement que par un traitement appliqué après coup.